Restructuration sur la place financière – Lloyds Bank

29. August 2013

Les banques restructurent massivement depuis quelques mois. Au mois de juin, le personnel de Lloyds Bank, à Genève, s’est mobilisé suite à l’annonce de la vente de la filiale suisse à l’Union bancaire privé (UBP) et aux licenciements qui en seront la conséquence. Les employés se sont organisés au sein de l’ASEB en adhérant massivement, ont mandaté l’ASEB et, à deux reprises, ont clairement rejeté les propositions de leur direction. Au final, les directions de Lloyds et de l’UBP ont dû améliorer notablement leurs propositions initiales. Le personnel et leurs représentants n’ont cependant pas réussi à imposer la signature d’un plan social avec les mesures négociées.
Leçon d’un succès
Par le passé, le personnel de Lloyds n’a pas été particulièrement organisé. En 2011, il y a eu une petite mobilisation avec l’aide de l’ASEB afin d’imposer des indemnités suite au déménagement d’une partie du personnel de Genève à Eysins. A cette occasion, le personnel a découvert l’ASEB et constaté l’utilité de son soutien. Cette expérience a été la base pour organiser la mobilisation suite à l’annonce des licenciements.
Le personnel partait avec plusieurs handicaps : ni Lloyds, ni l’UBP ne reconnaissent le partenariat social, ni à l’interne (pas de commission du personnel), ni à l’externe (ces deux établissements n’ont pas adhéré à la convention collective de travail de la branche). Par ailleurs, les deux banques ont déjà mené plusieurs restructurations avec des mesures unilatérales d’accompagnement pour les personnes licenciées. Il n’était pas dans leur intention de négocier quoi que ce soit avec qui que ce soit.
Première bataille : imposer l’ASEB dans les négociations
La première bataille consista à imposer aux représentants des banques, la délégation élue et l’ASEB pour négocier un plan social au bénéfice de tout le personnel. Malgré un taux d’organisation de 40 % (adhésion de plus de 100 membres en quelques semaines), les responsables bancaires n’ont accepté de s’assoir à la table de négociation que devant la menace de l’intervention des autorités pour constater la représentativité de l’ASEB.
Deuxième bataille : obtenir un plan social digne d’une banque
Après plusieurs séances de négociations, un premier résultat des négociations a été présenté au personnel. Ce résultat ne pouvait être amélioré sans le soutien du personnel. Les participants aux assemblées du personnel ont clairement estimé les mesures insuffisantes, permettant ainsi à leur délégation de retourner à la table de négociations renforcée par les prises de position des assemblées. De nouvelles améliorations ont été obtenues, cependant les banques ont en même temps annoncé qu’elles refusaient de signer un plan social avec l’ASEB. Des mesures unilatérales seraient proposées individuellement à chaque employé qui devra signer un accord. Les représentants des banques reviennent ainsi sur leur accord de principe à un plan social négocié et signé avec l’ASEB.
Une nouvelle assemblée du personnel convoquée le 27 juin a montré que les employés de Lloyds

  • estimaient le contenu des mesures satisfaisant et remerciaient l’ASEB et la délégation du personnel pour le travail accompli ;
  • ne voulaient pas engager un bras de fer avec leur direction concernant la forme de ces mesures. Ils ont cependant pris note des risques liés à ces mesures individuelles et prendront contact avec l’ASEB si l’accord proposé fixait des conditions inacceptables.

Bilan de l’affaire Lloyds
Les salariés ont expérimenté la force de l’organisation collective. Ils ont mené un combat avec l’ASEB et, grâce à leur adhésion massive et leur détermination, ils ont réussi à arracher des améliorations importantes du plan social. Les banques ont cependant aussi remporté une victoire d’étape en écartant l’ASEB et en refusant de signer un plan social avec elle. Leur mauvaise foi durant toutes les négociations en font des partenaires peu fiables. Le partenariat social dont se prévalent les associations patronales a été bafoué par des patrons qui ne veulent pas reconnaître à leurs employés les droits de participation élémentaires. Les employés de la place financière et en particulier ceux de Lloyds et d’UBP savent cependant maintenant qu’il leur est malgré tout possible de s’imposer en tant qu’interlocuteurs s’ils sont unis et organisés à l’ASEB.
Denise Chervet, Directrice